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lundi 22 avril 2013

Conte " La Petite goutte d’eau de source"



Michel Turquin

La  Petite  goutte  d’eau  de source


Conte

Il était une fois, blottie au creux d’une limpide source, une adorable goutte d’eau. Cette source était nichée au fond d’une très grande forêt dont la verdure  s’étendait au flanc d’une haute et majestueuse montagne dont la cime  éternellement enneigée luisait sous un soleil brillant de mille  feux.
Selon les ancêtres des villages environnants, la limpide poche d’eau abritait quelques minuscules créatures de rêves: les Ondines. Elles papotaient du matin au soir et c’est, paraît-il ce qui donnait à la source cette pétulante  gaieté.
Quelques oiseaux du voisinage piaillant comme des écoliers en récréation y venaient  prendre leurs  bains,  éclaboussant tout alentour puis,  remontaient dans l’air léger pour se faire sécher au vent.
Chaque matin, le soleil  glissait doucement un œil  parmi les épaisses touffes d’arbres. Comme un tendre papa, il caressait de ses rayons de miel la source, la vivifiant pour toute la journée.
Et ainsi, sans histoire, passaient les jours.         
Un matin qui ressemblait à tous les autres matins, la  mignonne petite goutte d’eau s’éveilla, s’étira, bailla, ouvrit ses grands yeux clairs sous un des rayons d’or. Une curieuse idée lui vint à l’esprit.
-« Tiens, se dit-elle, je ne connais pas grand chose de la vie, toutes mes grandes sœurs descendent dans la vallée, et moi, je reste là, paisible, sans soucis, à me prélasser, à chanter, à rêver, à jouer avec les oisillons…  à part cela, que sais-je de la vie ? Rien. »
Cette pensée la troubla toute la journée, tant et si bien, que les Ondines ne la reconnaissaient plus. Comme un lionceau en cage la petite goutte tournait en rond au creux de la source. Elle bousculait ses copines, se figeait en ronchonnant sous une tendre feuille. Son allure capricieuse perturbait sérieusement la  sérénité des lieux.
 -« Oui, demain, à l’aube, je partirai, cela m’obsède, je veux assouvir ma curiosité. » 
Tout le monde essaya de la dissuader, les oiseaux, les Ondines, les arbres centenaires, la source même, tous les insectes environnants. Rien n’y fit, elle bouda. Elle prit la ferme résolution de faire ce que bon lui semblerait. Demain sera le grand, le bon moment.
Le jour était à peine levé, toute la forêt dormait paisiblement encore. On entendait le ronflement de l’ours ainsi que les soupirs duveteux des oiseaux, les écureuils grignotaient machinalement tout en sommeillant. L’astre solaire n’avait pas encore montré son nez.
Une grande respiration, elle prit son élan, essaya de passer par dessus les quelques granuleuses pierres qui entouraient la source.  Elle était trop légère, faible elle retomba dans le fond.
- « Comment faire ? » se dit-elle.
Elle aperçut soudain, plus loin, toutes ses sœurs adultes qui se préparaient à partir pour  le long voyage, celui qui va jusqu’à la mer. Elle s’approcha doucement, choisit la plus grosse goutte, celle qui était un peu bébête,  puis, mine de rien, s’accrocha à elle.
La grosse goutte bébête qui dormait à moitié ne sentit rien. Hop, les voici toutes les deux de l’autre coté des pierres, vers l’inconnu, vers les mystères.
Là, notre petite goutte abandonna la compagne bébête puis, toute heureuse d’être enfin libre, sauta, joyeuse, de rocher en rocher, enivrée de liberté. Elle se laissa glisser voluptueusement dans le courant d’un ruisseau étonné de voir cette nouvelle venue.
Le ruisseau dévalait la pente de la montagne, passait par des forêts, des prés, des  petites cascades. La petite goutte, enfantine, s’amusait beaucoup au milieu de ces rochers qui lui faisaient faire des bonds dans l’air pur. Elle virevoltait, passait sous une herbe, sautait par dessus une branche, se laissait tourner en rond comme sur un manège, entraînée par de rieurs tourbillons. Atteignant le fond du ruisseau, elle remontait entre deux eaux pour, enfin, déguster de la belle  écume blanche
De chaque coté, le paysage défilait rapidement, les grands arbres faisaient comme un mur sombre, une barrière. Là-bas, pour la première fois de sa vie, au loin,  elle apercevait  une curieuse bestiole : c’était vache.
- « Hou la la, quelle imposante bête ! » 
Plus elle descendait, plus le rythme augmentait. N’ayant pas l’habitude, elle eut un peu peur. Le vertige la prit. Elle chercha vainement à se retenir aux autres gouttes,  rien à faire, elle était entraînée à présent  vers une destinée qui ne semblait guère encourageante. Dans sa tête, un  soupçon de regret, trop tard, le vertige et l’ivresse étaient plus grands.
 Regrets, vertige, ivresse, regrets, ivresse, vertige. Que faire ? Le courant maintenant avait prit une insoutenable vitesse.
***

A un moment, en surface, elle aperçut avec effroi, au loin, une gigantesque brume. Il y avait de grands remous, un grondement sourd lui arrivait aux oreilles. C’était une immense cascade qui plongeait profondément dans le vide. Rien à faire pour l’éviter.  Le trou béant était devant elle, son petit cœur chavirait, elle sentit dans  la chute vertigineuse toute la violence du courant. Elle était folle de terreur dans ce bruit assourdissant. Elle s’évanouit.
Quand elle reprit connaissance, la cascade était loin derrière. Autour d’elle, le calme. Elle était au milieu d’un lac aux rives éloignées. Le Soleil, là haut, faisait semblant de l’ignorer. Elle se sentait bien seule dans ce nouveau décor.
Ploc, ploc, quelque chose vient  sauter tout près. Elle chercha ? Rien… ploc, ploc… un poisson aux écailles argentées la regardait de ses gros yeux ronds. Il était très joli, attendant qu’elle sorte de son évanouissement.
-« Je ne te reconnais pas comme une goutte de mon lac. Que fais-tu là ? » 
 -« Oh ! Répondit-elle, timide, voilà que... enfin ! » Elle ne savait que répondre.
-« Mais… tu viens bien de quelque part ? » 
- « C’est… que… je suis tombée de ma source et, maintenant, il faut que je subisse toutes sortes de méchancetés. » 
 « - Oui, oui, je vois », dit  poliment le poisson.
Il se doutait bien qu’elle mentait, rien qu’au rose des joues de la petite goutte.
 -« J’ai peur… » 
 -« Peur de quoi  petite ? » 
  -« … de rester coincée ici. »
 -« Mais non, mais non… patiente un peu, tu la retrouveras ta source. »
La petite goutte leva les yeux au ciel, tristement, mais elle avait beau faire, son ami le Soleil ne la regardait  pas.
Ploc… ploc… ploc… ploc.
- « Bon, au revoir petite, je quitte rapidement ces lieux, car dans quelques instants   les hommes aux longues cannes  vont arriver. Je ne tiens pas  à être pris dans leurs filets et finir à rissoler dans une poêle.»
Un  coup de queue, il disparut, frétillant, dans les profondeurs, où, parmi les nombreuses herbes on ne pouvait ni le voir, ni l’attraper.
Le courant doucement entraînait la petite goutte. Elle sentait qu’il lui fallait accepter à présent toutes ces dures épreuves. De longues heures passèrent. Après le lac, le ruisseau, plus large, prenait l’allure d’un fleuve. Elle était dans ses réflexions les plus humides, quand tout à coup, sa petite tête heurta une masse dure. Impossible d’aller plus loin. Un épais rideau de fer barrait toute la largeur du lit de la rivière.
 -« Qu’est-ce ? », demande-t-elle   à ses voisines.
 Une goutte, plus intellectuelle que les autres, lui expliqua avec beaucoup de fierté que c’était une écluse, de sa nécessité quand le terrain était trop en pente, et patati... et patata. La petite goutte ne comprenait rien. Ce qu’elle comprit, c’est qu’avec ses sœurs, elles devaient attendre plusieurs heures entre chaque manœuvre.
***
Afin de passer chacune à leur tour dans différents sas, d’imposantes péniches noires attendaient. L’eau était plus trouble. Notre petite goutte entrevoyait à peine ce qui se passait et autour, et au-dessus. Elle devinait des formes qui s’agitaient sur les énormes masses sombres. Sa nature délicate supportait difficilement la saleté, aussi était-elle choquée quand,  projetée du hublot d’une péniche, une épluchure de banane  atterrit sur sa tête. Furieuse elle se colla contre le rideau de fer suivant. Malgré le dégoût de la rouille visqueuse,  elle attendit.
Un long grincement, la porte de l’écluse s’ouvrit progressivement. Elle passa avec une très longue péniche qui se nommait  « L’Audacieuse ».
- « Comme moi », pensa-t-elle, car notre goutte d’eau avait commencé à apprendre à lire, mais oui.
Grrr… grrrr …, après deux grinçantes manœuvres, elle était à nouveau dans le courant du fleuve. Plus le temps passait et plus l’eau devenait inquiétante, cela la tourmentait. De chaque côté d’elle, arrivaient de vieilles chaussures, des seaux en plastique, des morceaux de pain, des papiers gras, des objets, que jamais au grand jamais elle n’avait vu dans sa source pure.
-« Mais qu’est-ce ? », demanda-t-elle à la goutte intellectuelle.
-« C’est que… voilà… en ce moment nous passons au cœur d’une ville. Ses habitants nous dédaignent profondément. »
-« Ah ? »
-« Ils se débarrassent de toutes sortes de déchets oubliant que c’est nous, dans notre pureté, qui leur donnons à boire quand ils ont soif. Parfois même, ils nous accusent de les rendre malades, quand ce sont eux-mêmes qui s’empoisonnent avec leurs cochonneries. »
La petite goutte d’eau de source n’en revenait pas que de tels sacrilèges existent, elle en eut le hoquet. Soudain, sous son nez, passa un affreux gros rat gris venant d’une des canalisations qui s’avançaient. On aurait dit de laides gargouilles !
La ville passée, la petite goutte put enfin souffler aux creux de la berge laissant ses compagnes plus vigoureuses continuer leur chemin.
Elle ne se reposa pas très longtemps, car les bateaux qui passaient faisaient de tels remous, qu’il lui était  impossible de rester en paix.
-« Enfin, soupira-t-elle, puisque c’est ainsi, laissons-nous aller. »
Et le courant la reprit…
Le soir était venu.
La  lune  sur l’onde reflétait sa face ronde.
La petite goutte pleurait sur son sort. Elle eut une pensée pour sa forêt, sa source et tous ses amis.
-« Soleil, pensa-t-elle, ne m’abandonne pas ».
Son grand ami ne pouvait l’entendre. Il était à ce moment là de l’autre côté de la terre. Elle s’endormit comme pouvait s’endormir une goutte d’eau et dériva toute la nuit.
Au matin, elle arriva au milieu d’une activité incroyable. Des sifflets stridents vibraient dans l’air, d’immenses bateaux rentraient, sortaient, certains suivis d’autres petites embarcations. Elle apercevait de hautes barres de fer, d’immenses grues. Des sirènes hurlaient. De longues ombres s’agitaient.
-« Qu’est ce que c’est ? »
-« Des hommes », répondit une de ses voisines.
-« Des hommes ?», un mystère pour elle.
Elle comprit avec effroi qu’elle se trouvait dans un très impressionnant port. 
Notre petite goutte essayait vainement de trouver un endroit calme et clair, mais… sans résultat. Il lui fallait regarder à droite, à gauche pour ne pas être touchée par les rudes parois. Quand elle était en en surface, des engins inconnus l’enfonçaient au fond. Quand elle était au fond, dans une espèce de vase, une telle nausée la prenait qu’elle aurait préféré mourir. D’énormes chaînes noires cliquetaient, la faisant trembler de peur.
Et puis, curieusement, à un moment, elle se sentit entraînée, ballottée, entraînée, ballottée.
Un goût différent humectait ses lèvres. C’était salé. Un autre univers… elle était dans la mer. La mer ? Elle en avait quelques fois entendu parler par les anciennes gouttes d’eau, mais, sitôt qu’elle s’approchait pour les écouter, elles s’éloignaient, d’un air hautain. « La mer, vous comprenez… c’est tout un monde que seuls les grands peuvent comprendre. »
Au milieu de ce nouvel élément, elle pensa qu’elle n’avait pas tout perdu, puisqu’elle découvrait, enfin, ce qu’était la mer.
Soudain parmi les vagues elle entendit un long chant mélodieux, très doux, très charmeur.  Les voix étaient pures, limpides. Elle cherchait d’où cela pouvait venir ? Une petite île. Un rocher. Sur ce rocher deux longues et gracieuses sirènes, écailles ruisselantes au soleil, chantaient. La voyant désorientée, elles lui souriaient, puis, se penchant vers elle, la plus langoureuse dit :
-« Si tu le souhaites, nous t’emmènerons au fond de l’océan. Tu pourras découvrir des merveilles, des splendeurs qui n’existent nulle part ailleurs, viens, viens, petite goutte, viens… »
Les sirènes se laissaient glisser et tournoyaient autour de la petite goutte d’eau qui s’accrochait à la chevelure blonde de la plus menue.
Elles s’enfonçaient, s’enfonçaient dans les impressionnantes profondeurs.
La descente était rapide. Les sirènes déposèrent la petite goutte sur du sable, juste à côté d’un étonnant coquillage nacré. De grandes algues vertes, jaunes, marrons, ondulaient. Des poissons miroitants passaient et repassaient puis d’un frétillement de queue, partaient avertir tous les habitants de la mer : « On chuchote qu’une petite goutte d’eau de source s’est égarée parmi eux. »
Des espèces de toutes grosseurs, de toutes formes de toutes couleurs arrivaient pour la contempler. De gros crabes aux pinces dressées se pressaient les uns contre les autres pour être au premier rang. Il y avait foule autour d’elle. Elle ne comprit pas pourquoi une huître perlière lui dit en baillant :
-« Haaaouf… c’est la première fois, qu’ici, arrive une goutte d’eau qui reste une goutte d’eau de source, d’habitude, quand les gouttes se perdent dans notre océan, elles deviennent automatiquement salées et se mélangent à la mer. Or, comme tu es restée pure et limpide, imprégnée de l’éclat de tes hautes montagnes, tous sont étonnés et viennent t’admirer. »
-« Ah bon ! ! soupira-t-elle, mais alors, que vais-je devenir si je ne peux être comme une goutte d’eau de mer ? ».
Tous cherchaient la meilleure des solutions à lui faire retrouver  sa source. Trop d’idées les plus farfelues les unes que les autres !
Un saumon, ce poisson qui remonte les rivières, s’était même porté volontaire, mais l’entreprise était trop risquée… Alors… que faire… ?
-« Haaaouf… écoute, lui dit l’huître perlière, nous allons consulter la Baleine qui connaît beaucoup de choses, elle nous indiquera sûrement un moyen pour te sortir de là, viens, entre à côté de ma perle, je t’y conduis.»
La petite goutte s’installa confortablement dans l’huître et admira la jolie perle fine qui se formait. La jeune perle était si lisse que notre goutte, put, comme dans un miroir constater son pauvre petit visage chiffonné par tant d’aventures.
Comme une fusée l’huître se propulsa par à-coups jusqu’à chez dame Baleine qui dormait d’un œil, surveillant si rien d’anormal ne se passait dans ses eaux.
-« Haaaouf… bonjour madame, dit l’huître baillante, je vous amène une petite goutte d’eau de source qui désire retrouver sa montagne, que lui conseillez-vous ?».
Dame Baleine réfléchit un long… très, très long moment.
-« Elle ne s’est pas endormie au moins ? », demanda la petite goutte inquiète.
-« Non… non, dit l’huître… je l’espère... haaaouf! »
Dame Baleine, enfin, parla.
-« Voici ce que je propose : petite goutte, tu vas entrer dans mon ventre, puis je monterai à la surface de l’océan, et, là, avec mon jet, je t’enverrai dans l’espace sur un nuage qui te transportera chez toi... simple… efficace… cela... te convient-il ? »
-« Oh ! !oui madame », dit la petite goutte, ravie de cette amusante idée.
Elle dit adieu à l’huître et s’engouffra prestement dans les entrailles de la Baleine. Le vaste endroit n’était pas désert : quelques arêtes de poissons traînaient, des coquillages, des algues se balançaient, un bateau de pêcheurs trônait sur du sable en attendant de retrouver l’air libre et son port d’attache.
La petite goutte accepta la curieuse situation en se calant contre la joue rugueuse de la Baleine.  Sagement, elle attendit.
Elle rêvait depuis quelques instants… fuffft… elle se sentit soudain aspirée dans une immense tuyauterie, puis, avec force… expulsée dans les airs tout en haut d’un long jet d’eau.
-« Et bien, vous pourriez prévenir dit en  suffoquant la petite goutte. »
-« Ne ronchonne pas comme ça, maintenant nous allons attendre comme prévu qu’un nuage passe et qu’il veuille bien te ramener… si c’est sa direction, bien sûr. »
Montant… descendant… ballottée… secouée en haut du jet, la petite goutte commençait à trouver le jeu plaisant. Arriva doucement, tout doucement, un bon gros nuage blanc, qui s’arrêta au-dessus d’elle.
-« Pouvez-vous me prendre, s’il vous plaît ? »
-« Quoi ! »
-« Je voudrais retrouver ma source, tout là-haut sur ma montagne, vous savez celle qui ressemble à un gros bonnet blanc sur des cheveux verts, au dessus d’un lac bleu, là où il y a une grande cascade. »
-« Je vois, je vois… oui… oui, pourquoi pas, c’est mon chemin petite, grogna-t-il de sa grosse voix, allez…monte. »
La Baleine après quelques essais de montées, de descentes, lança un peu plus puissamment son jet d’eau dans les airs. La petite goutte prestement sauta sur le nuage qui, dodelinant, reprit son chemin.
La petite goutte se penchait pour dire adieu à la Baleine, mais, déjà, celle-ci avait plongé dans les profondeurs de l’océan.
-« Qui va doucement va sûrement dit le nuage, ne t’inquiète pas. Écoute…  arrête de gigoter comme ça, tu me chatouilles. Je te préviens,  si jamais j’éternue, tu seras précipitée au sol, car je me transformerai en pluie. »
La petite goutte rougit, baissa les yeux, ne bougea plus. Le  voyage devenait monotone. De temps en temps, elle se penchait bien pour regarder, mais comme elle avait le vertige, vite elle revenait à sa place. 
Le vent commença sérieusement à souffler un peu trop fort, déjà, d’autres nuages les dépassèrent. Certains, pour pouvoir passer les premiers se bousculaient dangereusement. Des masses noires venaient de tous côtés à vive allure. Soudain un très vilain nuage arriva face à eux. Le choc était inévitable, chaque  nuage  voulait  passer. Ils s’entrechoquaient, chacun voulant avoir la priorité de la route.
L’obstination, la colère firent que soudain des éclairs jaillirent de leurs rudes frictions.
Un orage terrible éclata embrasant tout alentour. Le tonnerre gronda, on se serait cru en enfer. La petite goutte n’arrivait pas à calmer son nuage qui, à présent, ressemblait à un cheval sauvage, emballé, furieux. La situation anarchique avait provoqué une averse. La petite goutte fut entraînée dans la cohue.
L’espoir de retrouver sa source s’évanouissait encore.
L’ondée l’amena aux creux du calice d’un magnifique lys blanc qui s’élevait au centre d’un somptueux parterre de fleurs. Tout heureux de cette présence le lys murmura :
-« Enfin, me voici rafraîchie, je commençais à avoir soif, je vais boire… hum... pour une fois une eau bien claire. » C’était un fin connaisseur.
-« Pitié, pitié, implora la goutte, ne me bois pas, beau lys, car si tu m’avales, jamais plus je ne retrouverai ma montagne. J’ai tellement souffert depuis quelques jours, je n’en puis plus. S’il te plaît, laisse-moi pour la nuit qui vient, me reposer au creux de ton calice. »
Le lys soupira, comme c’était une noble et généreuse fleur, il accepta renonçant à sa soif. Même… rendez-vous compte… pour calmer les douleurs de la petite goutte, il accentua son parfum pour l’endormir en douceur.
Il se referma amoureusement sur elle. Chacun plongèrent dans des rêves pour le moment impossibles : lui, boire, elle,  retrouver sa source.
Elle se réveilla toute embaumée au milieu de gouttes de rosée, qui joyeuses dans le matin frais avaient satisfait la soif du lys. Soumises dans le rôle que leur avait donné la nature, elles attendaient la venue des papillons. Ils arrivèrent, multicolores, fiers, voletant avec délicatesse  parmi les gouttes de rosée consentantes. Ils trempaient leurs trompes, s’abreuvant avec ivresse pour toute la journée. Ensuite ils retournaient virevolter de fleur en fleur, posant par-ci par-là, leurs taches de couleur, comme le ferait un peintre sur sa toile blanche.
La chaleur du jour augmentait de seconde en seconde, elle se sentait devenir  légère, légère, presque à s’évanouir. Le lys,  par son parfum, l’aida à s’évaporer dans l’azur du ciel. Un minuscule nuage cotonneux qui passait lui servit à nouveau de monture. Le chemin vers sa montagne reprenait.
Comme cela n’allait pas assez vite, trois complaisantes hirondelles aidèrent par des battements d’ailes à ce que le petit nuage passe à la vitesse supérieure.
Enfin dans la soirée, elle aperçut avec émotion sa belle montagne.
Il lui sembla, à mesure qu’elle se rapprochait, qu’elle avait l’air fâché, presque distante sous son manteau de neige fraîche.
Soudain, on ne sait pourquoi, dans un hoquet, le petit nuage cotonneux, essoufflé, ne pût aller plus loin. Harassé, épuisé, il se coucha sur la froide neige blanche à bonnes distances de la verte forêt où  nichait la source.
« -Brrr… il est fou, pensa la petite goutte, nous allons geler ici. »
Elle grelottait, se sentant de plus en plus engourdie. Déjà le petit nuage cotonneux était de glace, blême, raide.
Le froid augmentait… c’était ainsi… elle était devenue neige.
« -Malheur des malheurs, me voici bloquée pour une éternité » eut-elle juste le temps de penser. Elle ne put même pas pleurer, ses yeux figés  grands ouverts. Telle une statue elle ne bougeait plus.
La nuit emprisonna la nature dans son obscur manteau.
Mais voilà, le bon gros Soleil, là haut, ne l’avait pour ainsi dire  jamais quitté des yeux. Même quand Il était de l’autre coté de la terre, Il avait ses informateurs. La Lune, en espionne, lui avait fourni tous les renseignements de l’aventure.  Le bon gros Soleil décida que la leçon était suffisante et attendit l’aube pour la tirer de cette pénible situation.
Son premier rayon fut pour elle.
Il y mit toute son énergie et chauffa, chauffa la petite goutte, jusqu’à faire fondre  la  neige à l’endroit où elle se trouvait.
Quelques morceaux se détachaient,  l’eau commença à suinter. La petite goutte sentait la vie reprendre en elle, son corps se réchauffait, ses paupières clignotèrent, elle poussa un soupir, s’ébroua doucement. Elle remercia de toute son âme l’ami Soleil.
Elle déferla alors rapidement entre deux rochers, rejoignit la verdure, s’enfonça dans des eaux souterraines puis, ivre de joie, retrouva enfin  sa source bien-aimée.
Tout le monde fut gentil avec elle. Les ondines chantaient, un peu faux,  parce que c’était le bon matin. Les oiseux sifflaient un ton au dessus, les grands arbres, émus  bruissaient leurs tendres feuilles comme des clochettes, la forêt résonnait de mille sons. Cela chantait de partout.
La petite goutte d’eau de source était heureuse, elle jurait intérieurement d’être sage, patiente, avant de devenir adulte et donc prête pour un autre voyage.
Dans la profonde vallée, toutes les familles, étonnées, se demandaient bien pourquoi la montagne faisait tant de bruits, pourquoi le murmure habituel de la source s’était transformé en un véritable gargarisme et, pourquoi, là haut, le puissant Soleil brillait si fort.         

                                                              
                                                       
Fin

1 commentaire:

  1. Ah, la voilà enfin cette petite goutte d'eau ! Un conte qui plaira aux petits et grands enfants !!!
    (Tu as bien fait de mettre en couleur les dialogues... et d'aérer le texte par des retours)
    GROS BECS mon Tonton MItch'

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