Qui êtes-vous ?

La rencontre... Désespoirs...

Liste de mes textes : Pour lire: clic sur le titre choisi.
Pour les commentaires "anonymes" merci de laisser un nom ou un prénom .

Bonjour mes ami(e)s !

Membres

jeudi 13 août 2020

Espoir de Gare

 

Espoirs de gare

Minuit dans une salle d’attente d'une petite gare.

Dans un coin sombre, allongé sur un carton, n’attendant aucun train, un sans-abri emmitouflé sous une minable couverture. Il rêve au temps jadis où travail, femme, enfants étaient la vivante chaleur de son environnement. Maintenant, sa seule préoccupation est de pouvoir mordre dans un quignon de pain parfumé au jambon ou au pâté de campagne.

Assise sur une courte banquette, une mère, la jolie trentaine, en instance de divorce. Elle pense à l'avenir de sa fillette endormie, un nounours défraîchi entre les bras.

Adossé mollement à un distributeur de boissons, une grosse valise aux pieds, un représentant qui fait le tour de France. Il fait partie de cette catégorie de représentants qui gagnent à peine leur vie, dormant dans des hôtels minables, prenant le train plutôt que la voiture pour des raisons de budget. Ses clients sont de petites merceries, des modestes quincailleries, comme lui, en voie d’extinction.

Accroupi sur son sac de voyage, un jeune militaire, crâne rasé, arrive en permission. Il dévisage la jeune femme qui lui fait penser à sa jeune fiancée. Il va enfin pouvoir la serrer dans ses bras.

Quelques trains passent et le tic-tac bruyant de la pendule rappelle à ces voyageurs de la nuit qu’il ne faut pas oublier le prochain et dernier départ à une heure dix.

Soudain un morceau de papier avec des dessins de couleurs attire le regard des adultes. Posée au milieu de la salle d’attente, la singulière feuille fait que le sans-abri, la jeune mère, le représentant, le militaire, ont le cœur qui se met à battre un peu plus que d’habitude. C'est un billet de cinquante euros qui nargue la quiétude du moment.

Ce n’est pas l'Eldorado, mais quand le sans-abri aperçoit ce trésor, de suite, il salive d’avance sur le nombre de casse-croûtes qu’il pourra acheter. La mère envisage d’offrir une poupée princière à sa petite, et, s'il lui reste quelques monnaies, pour elle, un modeste foulard aperçu le matin même dans une vitrine. Le représentant se dit qu’un bon restaurant améliorerait son ordinaire, qu'il se paierait une chambre d’hôtel plus luxueuse. Le militaire pense acheter quelques charmants dessous à sa tendre dulcinée.

Chacun se demande à quel moment ils ou elle se lèveront. Utilisera-t-il le close combat appris durant les manœuvres pour éliminer l'ennemi ? Laissera-t-elle tomber sa gamine pour mieux foncer ? Utilisera-t-il sa grosse valise comme arme pour assommer les rivaux? Le raid devrait être rapide et bien élaboré."

De longues secondes passent. Déclic général. Les protagonistes se ruent en même temps sur le billet provoquant un mouvement de l’air ambiant et, comme un malheur n’arrive jamais seul, un voyageur entre brusquement provoquant par la porte grande ouverte un violent courant d’air.

Le billet, tel un pigeon affolé, s’envole, tourbillonne dans le hall de la gare et va se coller sur la vitre d’un train qui passe.

Sidération, consternation.

Adieu casse-croûte, poupée, foulard, dessous roses, repas, chambres d’hôtel.

Il est une heure, le train attendu entre en gare.

Dix minutes plus tard, la nuit avale trois adultes et une fillette. Un sans-abri replonge dans ses rêves, au chaud sous sa couverture.

MT

samedi 20 juin 2020


La voix de fausset


À peine commença-t-il à parler qu’autour de lui il y eut comme une gêne.
Le premier « areu » ressemblait plus à une chambre à air de vélo qui crève qu’autre chose. 
Au premier « maman » les parents eurent du mal à ne pas se boucher les oreilles.
À la crèche, à la maternelle, au collège, tout le monde souffrit de cette voix qui semblait sortir d’un vaisseau spatial venu d’une autre galaxie.
Le petit Roger se moquait superbement de la réaction des autres, il continuait à parler comme si rien n’était aimant même jusqu’à fredonner dans le train et le métro.
Comme dans un dessin animé pour avoir une place assise, il prit conscience qu’en chantonnant, un à un, les passagers se levaient pour fuir loin de la gorge assassine.
Sauf qu’un jour un vieillard s’assit devant lui.
Avec douceur, lui demanda de chanter de nouveau.
Surpris, Roger s’exécuta.
Après un long moment, le vieillard le convoqua à son domicile puis après avoir gagné la confiance de l’adolescent, il lui fit travailler gammes et partitions.
Le vieillard, à la tête d’une des plus belles chorales européennes, après quelques longs mois, réussit à faire naître la plus étonnante voix de haute-contre au monde.
Les tournées firent connaître Roger parmi les heureux mélomanes avertis.
Un ange était né.

M.T

vendredi 29 mai 2020


Gustave

Gustave, les yeux fermés, laissait Juliette accomplir l’active bonne action hebdomadaire. Bah ! Depuis longtemps le désir avait quitté son corps et les petits doigts boudinés de Juliette, malgré ses efforts, n’arrivaient pas à faire frémir le vieil oiseau.
Seulement, avec l’âge, la sagesse aidant, il avait laissé la brave vieille effectuer le massage érotique, plus par gentillesse pour elle, que par un profond appétit sexuel. « Cela ne mange pas de pain » se disait-il, c’était comme la crème aux œufs de Marcelle, quelques douceurs n’ont jamais tué personne… Enfin le croyait-il ! Surtout qu’un soir de fête où Juliette était un peu pompette, il avait eu connaissance de son ancien métier. Les joues rouges, elle lui avait révélé son secret. Gustave en avait été ému, depuis il n’avait jamais divulgué à quiconque ce passé divinement sulfureux.
Lui aussi gardait au fond de son cœur quelques mystères comme celui d’avoir changé de nom quand il avait quitté la Légion étrangère. Labit, son véritable nom, grâce à la chancellerie de Paris, fut changé en Labat, comme quoi, juste une voyelle peut améliorer les sarcasmes du quotidien. Il se souvenait de temps à autre de ce passé de légionnaire où, sous la mitraille, en Algérie, il avait sauvé héroïquement plusieurs fois Roger, un de ses camarades, ajoutant à son palmarès des décorations une médaille supplémentaire.
Le souvenir le plus douloureux était celui où, par un matin pluvieux, il avait quitté compagne et enfants, ne pouvant plus supporter la routine familiale.
Cette compagne qui sans cesse lui parlait de voyages, d’îles lointaines, de sable chaud, de palmiers. Il n’en pouvait plus, ses moyens plus que modestes le complexait, alors pour avoir la paix, il promettait monts et merveilles sans jamais en réaliser un seul.
Summum de la douleur, il ne pouvait plus accepter cette fillette, Marinette qui, paraplégique, lui rappelait sa propre mère, légère handicapée mentale.
Toute son enfance fut marquée par les grimaces de cette maman à la limite du ridicule, les remarques désobligeantes de ses camarades qui avaient des mamans bien propres à la sortie des classes. Parfois, honteux il faisait semblant de ne pas la voir attendant sur le trottoir, vite il fuyait en douce.
Cela le rongeait, le culpabilisait atrocement, persuadé qu’il était pour sa fille le transmetteur génétique, alors par un fameux matin pluvieux, il s’enfuit.
Quand il revint deux ans plus tard, torturé par le remord, toute la famille, lui dit-on, avait déménagé. Lâchement, il ne fit aucun effort pour poursuivre des recherches.
- Ça te va Gustave ? demanda Juliette de sa voix fluette.
- Oui ma belle, continue.
- Puisque vous me le demandez si gentiment.
Il n’avait jamais rien demandé… Mais bon, le pli était pris !
Et puis chaque jour il avait cette Marcelle qui l’obligeait à ingurgiter cette crème caramel aux œufs. Entre Marcelle et Juliette la fatigue l’envahissait de plus en plus. Les doigts boudinés d’un côté, la crème de l’autre, c’était sans fin, trop c’est trop.
Une nuit, le directeur, monsieur Paul, fut averti par l’infirmière de garde qu’un dénommé Gustave avait fait un malaise, il délégua son fils Pierre pour les papiers d’usages.
On enterra Gustave Labat quelques jours plus tard.
Juliette et Marcelle sur le chemin du cimetière eurent de sincères grosses larmes.


Fin

M.T

dimanche 26 avril 2020


Au club du troisième âge

Au club du troisième âge de la maison de retraite "Leny Escudero" de la rue des Épinettes, monsieur Firmin était le Don Juan de ces dames. Toujours bien coiffé malgré une calvitie avancée, bien cravaté sur des chemises blanches usées. Il déambulait parmi les tasses de thé, les belotes, les jeux de Scrabble murmurant des mots doux aux longues oreilles « embouclées » de strass. Les bouches aux dentiers jaunis riaient de bon cœur. Tout le monde aimait bien monsieur Firmin car le personnage aux mains tremblotantes faisait revivre à chacune des vieilles femmes un peu de leur jeunesse. Parfois, il s’aventurait bien un peu trop laissant glisser une main sur un derrière fripé ou bien au lieu de faire une bise sur la joue, sa moustache effleurait les lèvres crevassées. Les doigts noueux lui donnaient une tape, des petits cris fusaient mais les cœurs encore palpitants s’accéléraient.
Dans la salle municipale Escudero de la rue Montplaisir tout semblait aller comme sur des roulettes, jamais d’allusions à certains occupants légèrement hors-circuit. Un jour arriva un dénommé Hermann, environ quatre-vingt-cinq printemps, ancien de la Légion Étrangère, grande gueule, le verbe haut, la trogne rubiconde, une jambe raide, souvenir d’un rude combat en Afrique.
-« C’est tout ce qu’il me reste de raide hurlait-il » en tapant sur les frêles épaules de monsieur Firmin.
D’emblée, il essaya d’être le premier coq du club, rudoyant les charmantes mémères qui n’osaient le rembarrer. Contrairement à Firmin, aucune délicatesse, pas de mots doux, que des moqueries. Mais surtout ce qui incommodait l’aréopage c’était l’affreuse haleine de phoque d’Hermann qui sûrement ne savait pas faire la différence entre une brosse à dent et un balai de water-closet.
Terminé le côté bon enfant, finies les papouilles de Firmin, les caresses de popotins, les tendresses près des oreilles « embouclées », nous avions droit avec l’Hermann à des plaisanteries de corps de gardes, des histoires de fesses tellement crues que même la Germaine qui avait tapiné en « lousdé » toute sa vie, en rougissait.
Entre deux hymnes guerriers, chantant faux bien sûr, il faisait des blagues d’un très mauvais goût, comme mettre du sel dans le thé des minettes, retirer certaines cartes d’un jeu de Tarot, ôter les lacets des chaussures des messieurs qui s’affalaient au moment de partir, cacher le papier des toilettes. L’Hermann avait une panoplie de gags qui n’amusait personne.
Pauvre Firmin, il dépérissait dans son coin, n’osant plus faire son numéro de Don Juan, craignant à tout moment une basse vengeance de son rival.
Il y avait bien quelques plantureuses téméraires qui le consolaient, mais le cœur n’y était plus. Grandeur et décadence.
Ce fut l’imposante Mathilde qui, la première, se rebella. Un après midi, comme si de rien n’était, elle se retourna vivement. Avec son antique parapluie qu’elle ne quittait jamais, elle asséna un violent coup dans les parties dites intimes de l’Hermann. Il était en train de pousser un air martial à la gloire du désert, ce fut un bizarre blatèrement baveux de chameau que l’on entendit. Tout le monde plié en deux, Hermann aussi.
Forte de son audace, la Mathilde, réunit en douce la Christiane, la Maria, la Laurette, la Josette. Après une heure de débat, une décision fut prise, on se serait cru à un état-major secret des forces armées en 1945.
Le lendemain, doucereuses, avec moult gâteaux, elles invitèrent l’Hermann à boire le thé. Sans méfiance, imbu de sa superbe, il accepta. La moitié d’un flacon de somnifère subrepticement passa de la main tremblante de la Mathilde à la tasse du rustre qui, trois minutes plus tard, ronflait comme le moteur d’un tracteur. Puis, il faut le dire, avec grande habileté, malgré les rhumatismes des pauvres doigts tordus, elles le déshabillèrent complètement. Ce n’était pas un Dieu du stade l’Hermann sorti d’une salle de culturisme. Sous d’épais buissons de poils blancs, ça pendouillait de partout. Elles en avaient vu d’autres !
Soufflant, ahanant, l’épais maquillage coulant le long des joues rosies par l’effort, elles le traînèrent jusqu’au bureau de la directrice, l’installèrent dans son immense fauteuil, les jambes bien écartées, ne rêvez pas mes sœurs, puis pouffant comme des gamines au sortir du catéchisme, elles allèrent tranquillement, jouer aux petits chevaux.
Deux minutes passèrent, hurlements, enquête de la directrice. Comme de virginales rosières nos poulettes fripées,yeux baissés, firent les innocentes. Courageux, les mâles, dont Firmin, s’étaient éclipsés.
Le légionnaire, honteux, décampa comme un lapin de garenne mité.
Monsieur Firmin reprit ses activités de Don Juan. Les coquines gardèrent le vieux slip cracra en trophée de celui qui voulait être coq à la place du coq. Elles l’encadrèrent et le mirent sous verre.
Maintenant, à chaque nouvel arrivant, cadre en vu, pour préserver leur Firmin, elles s’empressent de narrer l’histoire de l’Hermann, occasion d’une belle rigolade, à tel point que, de temps en temps, un dentier plonge dans une tasse de thé.

M.T



lundi 30 mars 2020

Les Vieilles Cathédrales 


***
Les vieilles Cathédrales s’inquiètent
Bâties depuis de très nombreuses années
Elles attendent un ravalement indispensable
Le temps passant, les toits laissent passer l’eau
Les pierres, les arches, sous le vent, se fissurent
Dans le ciel, les hauts clochers, muets, s’ennuient
Plus d’angélus, plus de joyeuses sonneries
Les vieilles Cathédrales s’alarment
Les grands travaux attendus sont suspendus
Vient de déferler un tremblement inattendu
Un souffle pervers, mauvais, vient de l’étranger
Femmes, hommes, enfants tremblent
Les ouvriers salvateurs sont confinés
Les vieilles Cathédrales prennent peur
À part quelques téméraires fidèles
Elles sont délaissées, abandonnées
Devant la noire incertitude du malheur
On leur a mit de grandes bâches imperméables
On a recouvert de filets leurs inébranlables statues
Des gardes sévères font obstacle à toutes visites
Les vieilles Cathédrales chancellent la nuit
Les oiseaux, les pigeons désertent leurs parvis
Autour d’elles les jardinets en friches se dessèchent
Les orgues poussiéreux, n’émettent aucune céleste note
L’incertitude s’ancre, comment rester debout, fières
Les vieilles Cathédrales s’inquiètent
Là-bas, fraternelles, de jeunes chapelles leur sourient


MT





















lundi 30 décembre 2019



Derrière la fenêtre


Elle marche les bras nus, les cheveux au vent
Dans l’aube naissante, dans la ville endormie
Elle marche les bras nus, comme ça, en chantant
Dans la rue lavée, sans aucun soucis


De sa fenêtre chaque matin
C’est toujours le même refrain
Rêvant derrière son rideau
Elle en bas, lui en haut
Elle insouciante, légère
Lui, pâle, ne sachant que faire




Elle marche les bras nus, le front en avant
Dans l’aube naissante, dans la ville endormie
Elle marche bras nus vers le soleil levant
Le pavé mouillé, les maisons adoucies


De sa fenêtre chaque matin
C’est toujours le même refrain
Il écoute ses pas, l’écho
Elle en bas, lui en haut
Elle belle comme rose trémière
Lui en silencieuse prière


Elle marche les bras nus, les cheveux au vent
Croyant être seule parmi les murs gris
Elle marche les bras nus sous les arbres bruissants
Marche-t-elle vers une autre joie ? Vers une autre vie ?


Derrière sa vitre chaque matin
Tremblant il regarde ses reins
Le déhanchement de son dos
Elle en bas, lui en haut
Lui au ciel, elle sur terre
Elle bras nus dans la lumière


De sa fenêtre chaque matin
C’est toujours le même refrain
Ombre grise derrière le rideau
Elle en bas, lui en haut
Lui au ciel, elle sur terre
Elle bras nus dans la lumière



lundi 11 novembre 2019



L’étoile jaune

Amour, naissance, sourires béats
On lui avait dit, tu verras
Une étoile te protégera
Jeux poupées, gâteaux de miel
Dix ans, elle cherchait dans le ciel
L’astre magique nimbant sa blonde tête
Famille, plaisirs, rires, c’était fête
Elle est descendue, un matin
Belle, jaune, cousue à son jeune sein

On lui avait dit, tu verras
Une étoile te protégera
Plus de bleu, obscurci le ciel
Du vert sale, des chiens qui aboient
File indienne de planètes en toile
Cris, poussée, montée en camion
Elle ne savait pas, tendre naïve
Que, même brillante, certaines étoiles
Peuvent, par la haine brûler des cœurs

On lui avait dit, tu verras
Une étoile te protégera
Très loin, là-bas, rideau de fer
Terrifiée elle fixait l’enfer
Attente froide, nue dans la neige
Quolibets, bousculades, rires gras
Coins cauchemars, tapis de squelettes
Douches menteuses, de funestes charrettes

Anéantie l’étoile joyeuse
Des croix funèbres aux formes curieuses
Promesses tuées, écornée la foi
Jamais de repos, plus de joie
Acres fumées noires, puantes, épaisses
Humiliée, crâne rasé, sans tresses
On lui avait dit tu verras
Tête vide, elle ne se souvenait pas

Matin blême, sont venus des hommes
Sourires juvéniles, chewing-gum
Terminé la peur, les horreurs
Une autre étoile, casques sauveurs
Odeurs des Rocheuses, du Texas
Parfum de Floride, du Kansas

Douleurs vives, le temps a passé
Elle est bien vieille, tassée, ridée
Dans un tiroir grenier, la haut
Ternie, l’étoile jaune est cachée